Paris foodie en 2026 vit dans deux couches qui se croisent rarement : la tradition des bistrots centenaires et la révolution du vin nature. Ce guide vous emmène dans les deux le même jour — où déjeuner comme Paris déjeune depuis 1900, et où dîner comme Paris dîne aujourd'hui. Écrit par un Parisien pour des Parisiens (ou ceux qui veulent l'être), avec les codes et les angles qu'aucun guide international ne donne.
11 min de lecture
Le Paris qui mange deux fois n'est dans aucun guide. Il est dans les habitudes de ceux qui vivent ici depuis plus de 5 ans : déjeuner copieux, vin rouge, fromage à la fin, double café serré — au bistrot traditionnel du quartier. Pause de 4 heures. Apéro à 19h dans un bar à vin nature. Dîner léger, deux plats, vin orange, discussion jusqu'à 1h du matin.
Le déjeuner, c'est la tradition. Le dîner, c'est la transgression. Les deux comptent.
Pour le lecteur parisien, ce guide n'est pas un rappel de ce que vous savez déjà. C'est plutôt une carte cohérente d'un parcours que peu de gens font dans son intégralité, même parmi les natifs. Vous connaissez sans doute le Paul Bert. Vous avez probablement mangé une fois au Septime. Mais avez-vous fait les deux le même jour, avec la marche au Père Lachaise entre les deux ? C'est là que la ville cesse d'être une suite d'adresses et devient un rythme.
Pour le lecteur de province ou de banlieue qui vient à Paris quelques fois par an, c'est l'itinéraire que vos amis parisiens ne vous donneront jamais parce qu'ils tiennent à leurs cantines. Considérez-le comme un cadeau d'initié.
Couche 1 : le bistrot traditionnel (déjeuner, 12h30 à 14h)
Bistrot Paul Bert (18 Rue Paul Bert, 11ème)
Encensé par Eric Asimov du NYT en 2008. Toujours identique. Nappe blanche, croquette de lapin à la moutarde Maille, terrine de campagne maison, et le steak frites le plus classique de Paris. Menu déjeuner 3 plats à 48 €, vin de la maison 8 €.
Bertrand Auboyneau y a rajeuni la tradition sans la trahir. Aucun produit transformé. Producteurs nommés sur l'ardoise. Le mille-feuille de boeuf est devenu un classique de référence à Paris. Pour le Parisien : c'est l'adresse qui passe le test du collègue lyonnais ou bordelais qui débarque pour deux jours. Vous l'emmenez ici sans avoir à expliquer.
Réservez 4 jours à l'avance. Allez-y au déjeuner (le dîner est devenu un piège à touristes — vrai, désormais, même nos amis du quartier l'admettent). Prenez une côte de bœuf si vous êtes deux. Brouilly de la maison. Pain à volonté, sans gêne.
Le Verre Volé (67 Rue de Lancry, 10ème)
Pionnier du vin nature à Paris (2000). Cyril Bordarier a ouvert l'adresse avant que le mot "nature" devienne une mode mondiale. Déjeuner informel — mangez au comptoir si vous êtes seul. Charcuterie de Pierre Oteiza des Pyrénées, fromages de Bernard Antony, et un menu court qui change chaque mardi. 38 € pour deux plats, vin de la maison 6 € le verre.
Pour le Parisien, c'est la référence historique. Si vous n'êtes jamais venu, vous avez raté un chapitre. Si vous y allez tous les mois, vous savez déjà que le mardi soir, c'est invivable.
Chez L'Ami Jean (27 Rue Malar, 7ème)
Stéphane Jégo est l'un des chefs les plus respectés de Paris et peu de touristes y arrivent. Cuisine basque sophistiquée. Son riz au lait est devenu culte — un dessert servi dans un grand saladier, pour deux, avec garniture salée par-dessus.
Déjeuner 55 €, trois plats. Réservation obligatoire, 2 semaines à l'avance. Adresse de référence pour le Parisien qui veut emmener un client important sans tomber dans le étoilé pompeux. Réservez au comptoir si possible — Jégo est encore en cuisine, il vous voit.
Le Train Bleu (Gare de Lyon)
Oui, dans la gare. Oui, c'est là que vont les touristes. Mais : le plafond peint de 1900 vaut à lui seul 30 €. Le soufflé Grand Marnier reste le meilleur de Paris. Allez-y au déjeuner du dimanche (15h). Menu 98 € trois plats. Réservez 3 semaines à l'avance.
Pour le Parisien qui n'y a pas mis les pieds depuis 10 ans : retournez-y. C'est mieux qu'avant. Michel Rostang a repris la direction culinaire et le rapport qualité-décor est devenu défendable. Adresse parfaite pour un anniversaire de famille avec les beaux-parents.
Hôtel du Nord (102 Quai de Jemmapes, 10ème)
Film des années 30 devenu bistrot. Espresso le matin, croque-monsieur l'après-midi, vin jusqu'à 1h. Table près de la fenêtre avec vue sur le Canal Saint-Martin. Menu 35 € deux plats.
Adresse de quartier qui marche pour le rendez-vous Tinder qui ne sait pas encore s'il va se passer quelque chose. Atmosphère canal sans pression. Tarif raisonnable. Personne n'est trop bien habillé.
Pause : que faire entre 14h30 et 19h
Paris fonctionne au rythme : déjeuner copieux, marcher, se reposer, revenir pour dîner. Pour le Parisien, c'est évident. Mais combien de fois faites-vous réellement le trajet entier ? Une fois par an, peut-être.
La balade que je recommande : sortir du Bistrot Paul Bert à 14h30. Traverser la Place de la Bastille (15 min). Monter la Rue de la Roquette vers le Père Lachaise (cimetière, 30 min de marche). Visiter le Père Lachaise (1h30 — tombes de Chopin, Wilde, Morrison, Piaf, Proust). Sortir et descendre vers Le Mary Celeste (1 Rue Commines, 3ème) pour un café à 17h30. Apéro à 19h sur place.
Total : 4 km à pied, le temps de digérer, et vous arrivez au dîner avec faim à nouveau.
Pour le Parisien qui croit connaître Père Lachaise : la division 76 (Oscar Wilde) est nettoyée tous les six mois mais reste un musée vivant. Le mur des Fédérés (division 76) mérite 10 minutes de plus que les célébrités. C'est l'histoire politique de la ville en pierre.
Alternative pluvieuse : du Paul Bert, métro jusqu'à Concorde, montez au Musée de l'Orangerie (Nymphéas de Monet, 2 heures, 12 €), sortie, café au bord de la Seine, puis dîner. La fonction est identique : digérer en marchant.
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Couche 2 : le vin nature (dîner, 20h30 à 23h)
La révolution du vin nature à Paris a commencé dans les années 2000 et domine depuis 10 ans. Vins sans sulfites ajoutés, fermentation spontanée, non filtrés. Tout le monde n'aime pas — certains sont funky. Mais les bonnes maisons servent ce qu'il y a de plus interessant dans la gastronomie parisienne.
Pour le Parisien : vous savez déjà que le vin nature divise la table familiale. Votre oncle bordelais déteste, votre cousine du Marais ne boit que ça. Ce guide ne prend pas parti. Il indique les adresses où, même si vous êtes sceptique, vous mangerez bien et boirez quelque chose de défendable.
Le 6 Paul Bert (6 Rue Paul Bert, 11ème)
Même rue que le bistrot traditionnel, mais le petit frère. Bertrand Auboyneau (fils du patron) l'a ouvert en 2014. Carte de vins avec 200 références natures. Cuisine française moderne — bouillabaisse moderne, raviolis de manioc aux crevettes de Bretagne.
Réservez 2 semaines à l'avance. 70-90 € par personne avec vin. La passerelle parfaite entre les deux mondes — bistrot et nature dans la même rue, même famille, deux philosophies.
Septime (80 Rue de Charonne, 11ème)
Une étoile Michelin, mais on ne s'en rend pas compte en entrant. Ambiance café étudiant — murs noirs, lampes basses, cuisine ouverte. Bertrand Grébaut est le chef. Cuisine de produit : porc de Bretagne, légumes de producteur unique, desserts aux fruits de saison.
Menu dégustation 115 € (déjeuner 60 €). Réservez 4 semaines à l'avance. Sérieusement : 4 semaines. Le Parisien qui n'a jamais eu de table à Septime peut s'inscrire à la newsletter — les annulations sont publiées le matin pour le soir.
Clamato (80 Rue de Charonne, à côté du Septime)
Le Septime des gens normaux. Même équipe, mais maison de poisson et fruits de mer à la carte. Sans réservation. 35-50 € par personne. C'est ici qu'on emmène les amis qui ne veulent pas attendre 4 semaines.
Yard (6 Rue de Mont-Louis, 11ème)
Maison de Shaun Kelly (Australien, formé au Septime). Carte minuscule, change chaque semaine. 55 € trois plats, 38 € sans réservation.
La Buvette (67 Rue Saint-Maur, 11ème)
Petit bar à vin nature, 20 places, sans réservation. Camille Fourmont est la patronne. Ouvert 17h-1h. On y va pour grignoter : charcuterie, fromage, huîtres quand il y en a. 25-35 € avec 2 verres de vin.
Camille a obtenu le Wine Star Award de Wine Enthusiast en 2019 pour ce minuscule bar. Pour le Parisien, c'est l'adresse où on va seul un mardi soir pour parler à un inconnu.
Dessert, café, fermer la nuit
Berthillon (29-31 Rue Saint-Louis en l'Île)
La meilleure glacerie de Paris, fondée en 1954. Fermée mardi et mercredi. Des parfums qu'on ne trouve nulle part ailleurs : noisette grillée, fruits rouges au vin, caramel au beurre salé. Tradition familiale parisienne sur 4 générations.
Café de Flore (172 Boulevard Saint-Germain)
Pour un café tard le soir. Sartre y a écrit. Hemingway y a bu. Vous y buvez. 6 € l'espresso, 12 € le chocolat chaud. Le cliché vaut le coup une fois.
Pour le Parisien : oui, c'est plein de touristes. Allez-y entre 23h et 1h, quand les groupes sont partis, et il redevient parisien.
Le Mary Celeste (1 Rue Commines, 3ème)
Cocktails. Tout ce qui contient du mezcal ou du pisco est sûr. 14-18 € le cocktail. Ouvert jusqu'à 2h.
Courses à ramener à la maison
Boulangerie Utopie (20 Rue Jean-Pierre Timbaud, 11ème)
Boulangerie moderne. Pain au cassis-chocolat, baguette traditionnelle, croissants caramélisés. Achetez pour ramener à l'hôtel — ou, pour le Parisien, à la maison.
Marché des Enfants Rouges (39 Rue de Bretagne, 3ème)
Plus ancien marché couvert de Paris (1615). La Libanaise Aïshia fait le meilleur manakish. Commencez votre dimanche ici.
Maison Plisson (93 Boulevard Beaumarchais, 3ème)
Épicerie fine. Huile d'olive, vinaigre balsamique, confitures d'Alsace, moutarde Maille au cassis (pas seulement Maille). Pas donné (8 € le pot de moutarde).
Da Rosa (62 Rue de Seine, 6ème)
L'Espagnol à Paris. Jamón ibérico coupé frais, manchego affiné, fuet artisanal. Bon à rapporter mais compliqué à la douane (pour ceux qui voyagent vers les Amériques).
Annexe pratique
Combien coûte une journée foodie complète à Paris (2026) :
- Petit déjeuner : croissant + café à l'Hôtel du Nord = 6 €
- Déjeuner Paul Bert (3 plats + vin) : 56 €
- Café de l'après-midi au Mary Celeste : 8 €
- Apéro à La Buvette (1 vin + fromage) : 14 €
- Dîner Septime (sans dégustation) : 60 € + vin 40 € = 100 €
- Dessert Berthillon : 6 €
- Total : 190 € par personne par jour
Pour le Parisien, c'est un budget de soirée spéciale (anniversaire, départ d'un ami, retrouvailles). Pour le visiteur français de province, comparez : à Lyon un parcours équivalent (Tabaski + Têtedoie + bar à vin) coûte environ 140 €. À Bordeaux (Garopapilles + La Tupina + bar à vin Cousin) environ 170 €. Paris reste plus cher, mais offre la densité culturelle qu'aucune autre ville française n'a.
Où dormir pour faire cet itinéraire (visiteurs de province ou banlieue éloignée) :
- 11ème (Bastille, République) : Hotel Square Louvois (220 €/nuit). Cœur du circuit.
- 3ème (Marais) : Hotel Jules César (280 €/nuit). Tout à pied.
- 10ème (Canal Saint-Martin) : Hôtel du Nord (180 €/nuit). Ambiance locale.
Réservations (utilisez TheFork — pas OpenTable) :
- Le Fooding (lefooding.com) — guide français des nouveaux bistrots
- TheFork (lafourchette.com) — réservations avec jusqu'à 50% de réduction
- Bonjour Paris (newsletter, 28 €/an) — calendrier des ouvertures
Pour le visiteur de province :
- TGV inOui Lyon-Paris : 2h, 60-180 € selon période
- TGV Bordeaux-Paris : 2h05, 50-160 €
- TGV Marseille-Paris : 3h, 70-180 €
- Avion intérieur depuis Nice, Toulouse, Brest : 1h15-2h, 90-280 €
Les erreurs à ne pas faire :
- Manger près de la Tour Eiffel ou des Champs-Élysées (cher, mauvais)
- Accepter une table à l'avant (demandez toujours au fond, table d'angle)
- Commander du vin sans voir la carte (il y a toujours un vin de maison correct)
- Déjeuner le dimanche (60% des meilleures maisons ferment, il ne reste que les touristes)
- Confondre un dîner Septime avec un dîner d'affaires — l'ambiance est trop intime pour les contrats
- Croire que les adresses changent vite — la scène parisienne est stable, les meilleures maisons sont les meilleures depuis 15 ans
Paris ne vous accueille pas vite. Mais si vous vous engagez dans son rythme — déjeuner copieux, longue pause, dîner léger — elle vous livre tout ce qu'elle a promis. En 2026, elle reste la capitale gastronomique du monde. Et elle est gratuite pour qui s'abandonne au rythme.
Pour le Parisien qui lit ce guide en pensant qu'il connaît déjà tout : reprenez l'itinéraire complet un samedi de mars. Faites le Paul Bert à 13h, la marche au Père Lachaise, le Septime à 21h. Vous redécouvrirez votre ville. C'est la promesse — et le piège — d'être Parisien : on oublie qu'on vit dans la meilleure scène gastronomique du monde, parce qu'elle est devenue le décor du quotidien.
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Curadoria Voyspark
2 years in the Voyspark editorial team
Time editorial da Voyspark — escritores, repórteres, fotógrafos e fixers em Lisboa, Tóquio, Nova York, Cidade do México e Marrakech. Coletivo. Sem voz corporativa. Cada peça com checagem cruzada por um editor regional e um chef ou curador local.
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